Le Crépuscule du Lion IV

Livre Quatre - Theorema

Page 109 : "Les deux militaires sortirent de la tente, laissant les amants à leur ultime moment d’intimité. L’air glacial empestait. Des fumées nauséabondes s’échappaient de bûchers où se consumaient des cadavres mutilés par les affres du dépotoir mondial. À cause des combats tenus aux environs de la Grande Oasis, le territoire infâme avait avancé de plusieurs kilomètres. Des brasiers faisaient également office de remparts afin de protéger le camp de la ronde infernale des bêtes immondes.

Vers l’horizon tumultueux, de gigantesques éclairs illuminaient les contours noirs des protubérances neigeuses. Était-il possible que, derrière autant de couleurs hostiles, à chaque fracas agressif, une séquence du nouveau code génétique de la Terre puisse naître avec des intentions pacifiques ?"

 

Page 193 : "Dans le reflet de sa propre image, Arnaud reçut une réponse claire. Des séquences inédites, mais toutes pavoisées de signes aussi brillants que des oriflammes, inscrivaient sous des coulées d’or les groupes de décimales du chiffre Pi avec une vitesse qui accentuait la sensation de vertige offerte par le miroir déformant. Son supplice s’amplifia lorsque, par une magistrale déflagration, les nombres nantis de symboles modifièrent le royaume de la relativité pour influencer la droite et le cercle à se rencontrer enfin au sein de la trame cosmique de l’Univers.

Le ballet de cette géométrie fractale à la fois poétique et sulfureuse le débarrassa définitivement de ses céphalées de mauvais conquérant. Et dans l’atmosphère éthérée d’un lagon inondé d’une lumière ambrée, l’ambition d’Arnaud se métamorphosa en un nuage noir désertant délibérément l’espace politique de sa propre humanité.

Plus de doutes possibles. Dans le miroir à présent stable, les larmes de joie et de reconnaissance qu’il voyait couler sur ses joues étaient bien celles d’un véritable Acacien puisqu’elles traçaient entre les méandres de ses nouvelles rides initiatiques de longs sillons d’un bleu crysthyalin."

 

Page 385 : "Subitement plus fringante, la bête remua la tête, fouailla la queue, et bondit hors de l’estrade pour emprunter le sentier éclairé entre les congères. Rapidement, elle s’élança dans un galop ample et puissant. En gifles brutales, la vitesse fouetta le visage d’Arnaud. Pourtant, peu à peu, il s’habitua à cette ivresse et remarqua que la neige fondait abondamment autour de lui : depuis que Theorema avait quitté le caisson du Puits Yxo, le réchauffement terrestre s’était amorcé. Les comptes à rebours s’alignaient bel et bien à la bonne heure sur le juste cadran.

En larmes de poussière étincelante, des gerbes d’eau giclaient de part et d’autre des étriers du cavalier, insultant une lande immobile et endeuillée. L’allure infernale arrachait une émotion paradoxale au cœur glacé du dernier lion sans royaume. Plus l’Homme du Mondialis Amour s’abandonnait au destin de l’Acacie, plus il reprenait possession de son identité volée."

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